Territoire

Espèces chassables : connaître le gibier de son territoire

Publié le 28 novembre 2023 · agrainoir.com

Chevreuil en lisière de champ
Photo Péter Kövesi / Pexels

En France, les espèces chassables sont fixées par arrêté ministériel et se répartissent en trois grandes familles : le grand gibier (sanglier, chevreuil, cerf…), le petit gibier sédentaire (lièvre, lapin, faisan, perdrix…) et les oiseaux migrateurs et gibier d'eau (canards, bécasse, pigeon ramier…). Savoir précisément quelles espèces fréquentent son territoire, comment elles vivent et dans quelles conditions elles se chassent est la première étape de tout plan de chasse sérieux — et un devoir pour quiconque veut chasser de façon responsable.

Le grand gibier : les espèces reines des territoires

Le sanglier

Omniprésent et en expansion, le sanglier est devenu l'espèce phare de la chasse française. Opportuniste, essentiellement nocturne, il se déplace entre remises forestières et zones de gagnage (cultures, prairies). Sa gestion est un enjeu majeur en raison des dégâts agricoles : c'est pourquoi l'agrainage de dissuasion, pratiqué avec un agrainoir à sanglier dans le cadre du schéma départemental, vise à le fixer en forêt et à l'éloigner des cultures. Il se chasse principalement en battue, mais aussi à l'affût et à l'approche.

Le chevreuil

Petit cervidé élégant des lisières et des mosaïques bocagères, le chevreuil est soumis au plan de chasse : chaque territoire se voit attribuer un nombre de bracelets. Il se chasse à l'approche ou à l'affût l'été (brocards), en battue en hiver. Territorial et régulier dans ses habitudes, il récompense l'observation patiente.

Le cerf élaphe

Le plus grand gibier de nos forêts, lui aussi soumis au plan de chasse. Sa présence est plus localisée que celle du chevreuil, concentrée sur les grands massifs. Le brame, en automne, reste l'un des grands spectacles de la nature française. Pour les techniques propres à ces espèces, voir notre article sur la chasse au gros gibier.

Le petit gibier sédentaire

Le petit gibier a longtemps été le cœur de la chasse populaire française :

  • Le lièvre d'Europe : gibier de plaine par excellence, chassé devant soi avec chien. Ses populations varient fortement selon les territoires, d'où des règles locales souvent restrictives (jours limités, prélèvement maximal).
  • Le lapin de garenne : jadis abondant, il a été durement touché par les maladies ; sa situation varie énormément d'un territoire à l'autre — au point qu'il peut être rare ici et considéré comme nuisible ailleurs.
  • Le faisan et les perdrix (grise et rouge) : gibiers à plumes emblématiques de la plaine, dont les populations naturelles dépendent fortement de la qualité des habitats agricoles. De nombreux territoires mènent des opérations de repeuplement et d'aménagement — cultures à gibier, points d'agrainage adaptés au petit gibier avec un agrainoir à gibier, voire des dispositifs type mangeoire pour soutenir les oiseaux.

Les migrateurs et le gibier d'eau

Troisième famille : les oiseaux de passage et le gibier d'eau, dont la chasse obéit à des règles spécifiques (périodes propres, carnets de prélèvement pour certaines espèces).

  • Le pigeon ramier (palombe) : le migrateur le plus prélevé en France, chassé à l'affût, au poste ou en palombière selon les régions.
  • La bécasse des bois : gibier mythique des chasseurs au chien d'arrêt, soumise à un carnet de prélèvement national.
  • Les canards et autres gibiers d'eau : colverts, sarcelles et autres anatidés se chassent à la passée ou à la hutte, souvent avec des appelants — une pratique détaillée dans notre article sur les appelants pour la chasse au gibier d'eau.

Les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD)

À côté du gibier proprement dit, certaines espèces classées ESOD — renard, corneille noire, pie bavarde, étourneau, ragondin selon les départements — peuvent être régulées au-delà des périodes classiques de chasse, par tir ou piégeage, selon des listes et modalités fixées localement. Là encore, le classement varie d'un département à l'autre : rien ne remplace la vérification auprès de sa fédération.

Apprendre à connaître les espèces de son territoire

Connaître la liste officielle ne suffit pas : il faut savoir ce qui vit réellement chez vous. Trois méthodes complémentaires :

  1. L'observation directe et les indices : empreintes, coulées, frottis, laissées, terriers. Quelques sorties hors saison de chasse en apprennent plus qu'un livre entier. Notre article sur la faune locale vous aide à identifier les espèces présentes autour de chez vous.
  2. Les caméras de chasse : placées sur un passage ou face à un agrainoir automatique, elles dressent un inventaire fidèle des espèces, de leurs effectifs et de leurs horaires — y compris des animaux que vous ne croiserez jamais de jour.
  3. Les anciens et la fédération : les chasseurs expérimentés du territoire et la FDC connaissent l'historique des populations, les zones de reproduction et les tendances. Les comptages organisés (nocturnes au phare, brame, tableaux de chasse) sont d'excellentes occasions d'apprendre.

Comprendre les habitudes d'une espèce — où elle se nourrit, où elle se remise, comment elle réagit au vent et au dérangement — est ce qui distingue le chasseur qui prélève avec discernement de celui qui tire ce qui passe.

Où vérifier ce qui est chassable chez vous

La liste nationale des espèces chassables ne dit pas tout : les dates d'ouverture, les plans de chasse, les prélèvements maximaux et les modes de chasse autorisés se décident au niveau départemental. Vos sources de référence :

  • L'arrêté préfectoral annuel d'ouverture et de fermeture de la chasse de votre département ;
  • Votre fédération départementale des chasseurs, pour le schéma de gestion et les consignes par espèce ;
  • L'OFB et Légifrance, pour les textes nationaux.

Le cadre général est expliqué dans nos articles sur la réglementation de la chasse et les saisons de chasse. Et une fois le gibier prélevé, ne reste plus qu'à l'honorer en cuisine : voyez nos conseils pour cuisiner le gibier.

En résumé

Grand gibier, petit gibier sédentaire, migrateurs et gibier d'eau, espèces régulables : chaque famille a ses espèces, ses règles et ses techniques. Le bon chasseur commence par inventorier son territoire — observation, caméras, échanges avec les anciens — puis vérifie chaque saison ce que les arrêtés de son département autorisent. C'est cette connaissance fine, espèce par espèce, qui fait à la fois le succès de la chasse et sa légitimité.