Techniques

Les appelants : l'outil clé de la chasse au gibier d'eau

Publié le 25 octobre 2023 · agrainoir.com

Canards colverts sur un plan d’eau
Photo Pi Pi / Pexels

Les appelants sont des canards ou des oies, vivants ou artificiels, utilisés pour attirer le gibier d'eau à portée de la hutte ou du poste : en imitant l'apparence, le comportement et parfois le cri d'un groupe d'oiseaux posés, ils convainquent les oiseaux de passage de venir se poser. C'est l'outil central de la chasse au gibier d'eau, celle qui fait la différence entre une nuit blanche et une belle tablée. Voici comment fonctionnent les appelants, comment les choisir et comment les disposer intelligemment.

Pourquoi les appelants sont indispensables au gibier d'eau

Canards et oies sont des oiseaux grégaires : un plan d'eau où des congénères se nourrissent ou se reposent tranquillement est perçu comme un site sûr et nourricier. Le principe de l'appelant exploite ce réflexe. Un vol qui longe la mare, l'étang ou la baie repère le groupe posé, décrit un ou plusieurs cercles d'observation, puis se présente face au vent pour se poser : offrant au chasseur dissimulé dans sa hutte, son gabion ou son affût une occasion de tir propre et à bonne distance.

Sans appelants, le chasseur de gibier d'eau dépend entièrement du hasard des passages. Avec un tableau d'appelants bien pensé, il crée lui-même l'attractivité de son poste. C'est la même logique d'attraction raisonnée que l'agrainage pour le gibier terrestre : un agrainoir fixe le gibier sur un territoire, l'appelant fixe le regard des oiseaux sur votre plan d'eau. Pour fixer les oiseaux sur le secteur en dehors de l'action de chasse, un point de nourrissage régulier complète le dispositif : notre guide agrainoir canard compare trémie de berge, modèle automatique et flottant.

Appelants vivants et appelants artificiels : deux écoles

Les appelants vivants

C'est la grande tradition française, notamment à la hutte. Des canards d'élevage, souvent issus de lignées sélectionnées pour leur voix, sont attachés ou parqués sur le plan d'eau devant le poste. Leur atout est inégalable : ils bougent, nagent, se toilettent et surtout chantent naturellement à l'approche d'oiseaux sauvages. Une cane bien criarde vaut tous les gadgets.

Les appelants vivants demandent en contrepartie un vrai travail d'éleveur à l'année : parc, abri, eau propre et nourrissage régulier. Une mangeoire adaptée au parc d'appelants simplifie grandement ce quotidien et garantit des oiseaux en bonne condition à l'ouverture. Attention enfin : la détention et le transport des appelants vivants sont encadrés par la réglementation, avec des règles sanitaires qui peuvent évoluer (notamment en période de risque d'influenza aviaire). Renseignez-vous systématiquement auprès de votre fédération départementale des chasseurs et consultez les textes en vigueur avant la saison.

Les formes et blettes artificielles

Les appelants artificiels, qu'on appelle formes (flottantes) ou blettes (posées à terre), imitent la silhouette et le plumage des espèces recherchées. Plastique soufflé, mousse ou modèles ultra-réalistes à flocage : l'offre est vaste. Leurs avantages : aucun entretien, transport facile, possibilité de constituer de gros tableaux. Il existe aussi des formes animées (à ailes tournantes ou à agitateur d'eau) qui recréent le mouvement, point faible historique du plastique. Vérifiez leur statut réglementaire dans votre département avant de les employer, car les dispositifs motorisés ne sont pas admis partout.

Beaucoup de sauvaginiers combinent les deux : quelques vivants pour la voix et la vie, un tableau d'artificiels pour l'effet de masse.

Choisir ses appelants selon l'espèce et le milieu

Le bon appelant est celui qui correspond à ce qui fréquente votre territoire :

  • Canards de surface (colvert, sarcelle, pilet, siffleur…) : le colvert est la base universelle ; ajoutez les espèces réellement présentes sur votre secteur pour crédibiliser le tableau.
  • Canards plongeurs : sur les grands plans d'eau et en zone littorale, un tableau dédié, disposé en eau plus profonde, sera plus convaincant.
  • Oies : blettes posées sur les prairies ou vasières où elles se nourrissent, en groupes lâches.

Le milieu compte autant que l'espèce : une mare de hutte intimiste ne se garnit pas comme une baie ouverte. En eau fermée, un petit tableau naturel suffit ; en grand milieu, c'est le nombre et la visibilité qui attirent l'œil des vols lointains. Pour identifier finement les espèces de passage chez vous, et ne tirer que ce qui est autorisé, notre guide des espèces chassables est un bon point de départ.

Disposer son tableau : les règles qui changent tout

Un tableau d'appelants se construit, il ne se jette pas à l'eau au hasard :

  1. Face au vent. Les oiseaux se posent contre le vent : placez le tableau de sorte que la zone de posée naturelle se trouve devant votre poste, à distance de tir.
  2. Laissez un trou. Un tableau trop compact ne laisse aucune place pour se poser ; ménagez une zone d'eau libre bien visible, c'est là que les oiseaux viendront.
  3. Imitez la vie. Des groupes irréguliers, des orientations variées, quelques formes « en alimentation » : un vrai groupe de canards n'est jamais aligné au cordeau.
  4. Soignez la discrétion du poste. Le plus beau tableau ne compense pas une hutte mal camouflée ou un visage levé au mauvais moment. Les canards ont une vue redoutable.
  5. Adaptez-vous. Si les vols tournent sans se poser, changez quelque chose : distance du tableau, densité, position. Le gibier d'eau sanctionne vite les erreurs.

Ce que dit précisément la réglementation sur les appelants vivants

L'usage des appelants vivants pour la chasse du gibier d'eau est fixé par l'arrêté du 4 novembre 2003, plusieurs fois modifié depuis, selon le texte consolidé publié par le centre de documentation AIDA de l'Ineris. Seuls des oiseaux vivants, nés et élevés en captivité, parmi les espèces chassables d'oies, de canards de surface et de canards plongeurs, ainsi que la foulque macroule, peuvent servir d'appelants. La bernache du Canada, elle, est explicitement exclue de cette liste, malgré son statut d'espèce chassable par ailleurs.

Le même texte fixe un plafond national : 100 appelants vivants maximum par installation, toutes espèces confondues, y compris pour une chasse pratiquée sans installation fixe. Les oiseaux détenus dans un parc à moins de 30 mètres du plan d'eau sont comptés dans ce total, sauf pour les parcs couverts en cas d'impossibilité physique de les installer plus loin. Leur capacité de vol doit par ailleurs être limitée par la taille régulière des rémiges après chaque mue, une règle qui ne s'applique pas aux oiseaux utilisés pour le « malonnage ».

Pour le détail complet (déclaration, baguage, registre et transport), l'Office français de la biodiversité publie une notice officielle dédiée qui répond à dix questions pratiques : une référence à consulter avant l'ouverture, en complément de votre fédération départementale des chasseurs. Au-delà des appelants vivants, la chasse au gibier d'eau reste l'une des plus encadrées qui soient : périodes propres aux migrateurs, modes de chasse autorisés, statut des espèces, dispositifs électroniques ou motorisés, tout varie selon les départements et évolue d'une saison à l'autre. Notre article sur la réglementation de la chasse explique où trouver les textes de référence, et celui sur les saisons de chasse comment se lisent les calendriers.

En résumé

L'appelant est bien plus qu'un accessoire : c'est la pièce maîtresse de la stratégie du sauvaginier. Vivants pour la voix, artificiels pour le nombre, les deux combinés pour le réalisme : l'essentiel est de composer un tableau crédible, adapté aux espèces de votre territoire, disposé face au vent devant un poste discret. Ajoutez un entretien sérieux de vos oiseaux à l'année et une lecture attentive de la réglementation, et vos nuits de hutte n'auront plus grand-chose à envier aux belles histoires des anciens.

Questions fréquentes

Quelles espèces puis-je utiliser comme appelants vivants pour le gibier d'eau ?

Uniquement des oiseaux vivants nés et élevés en captivité, parmi les espèces chassables d'oies, de canards de surface, de canards plongeurs et la foulque macroule ; la bernache du Canada est explicitement interdite malgré son statut d'espèce chassable.

Combien d'appelants vivants puis-je détenir ou utiliser ?

100 oiseaux maximum par installation, toutes espèces confondues, y compris sans installation fixe. Les oiseaux détenus dans un parc à moins de 30 mètres de l'eau sont comptés dans ce total, sauf pour les parcs couverts en cas d'impossibilité physique de s'installer plus loin.

Les appelants doivent-ils avoir les ailes coupées ?

Leur capacité de vol doit être limitée par la taille régulière des rémiges après chaque mue, sauf pour les oiseaux utilisés pour le malonnage.

Où trouver le détail complet sur la déclaration et le baguage des appelants ?

L'Office français de la biodiversité publie une notice officielle dédiée qui répond à dix questions pratiques (déclaration, baguage, registre, transport) ; consultez-la avant l'ouverture, en complément de votre fédération départementale des chasseurs.