Territoire

Chasse en forêt : lire le milieu, choisir sa technique, chasser en sécurité

Publié le 28 novembre 2023 · agrainoir.com

Chasseur progressant en forêt

Chasser en forêt, c'est chasser dans un milieu fermé où l'on voit peu et où tout se joue sur la lecture des indices, le choix du poste et la discipline de sécurité. C'est le royaume du grand gibier — sanglier, chevreuil, cerf — et de quelques spécialités comme la bécasse, mais aussi le terrain de chasse le plus exigeant qui soit : la visibilité réduite y complique à la fois la rencontre avec le gibier et la sécurité des tirs. Voici comment aborder la forêt en chasseur préparé, du repérage à l'action.

La forêt, un milieu qui se lit avant de se chasser

En forêt, on ne repère pas le gibier à la jumelle sur des kilomètres : on le déduit. Le chasseur forestier est d'abord un lecteur d'indices :

  • Les coulées, ces sentiers battus par les passages répétés, relient les remises (où les animaux se reposent) aux gagnages (où ils se nourrissent). Les identifier, c'est connaître les axes de circulation du gibier.
  • Les indices du sanglier : boutis (sol labouré du groin), souilles (bains de boue), frottis sur les troncs voisins des souilles.
  • Les indices des cervidés : frottis de bois sur les jeunes tiges, écorçages, fumées, couchettes.
  • La nourriture disponible : glandée, faînée, fruits forestiers, cultures en lisière — l'abondance ou la rareté de nourriture commande les déplacements des animaux d'une semaine à l'autre.

Cette lecture se travaille toute l'année, bien avant l'ouverture ; notre article sur la faune locale en détaille la méthode. Les pièges photographiques, posés sur les coulées ou les places de passage, complètent l'œil du chasseur — un sujet que nous approfondissons dans la technologie à la chasse. Et un point d'agrainage suivi, là où le schéma départemental l'autorise, renseigne finement sur les animaux du massif : un agrainoir à sanglier ou un agrainoir automatique couplé à un piège photo est le meilleur observatoire forestier qui soit.

Les modes de chasse en forêt

La battue, reine des chasses forestières

La forêt est le théâtre naturel des chasses collectives : postés autour d'une enceinte, traqueurs et chiens dans les fourrés. Le milieu fermé y impose une discipline particulière : postes matérialisés, angles de sécurité stricts, tirs proches et fichants uniquement, identification sans l'ombre d'un doute.

L'affût

Posté en mirador sur une coulée, une lisière interne ou un gagnage, l'affût forestier joue sur la patience et la connaissance des passages. Le mirador offre le double avantage de la discrétion (odeur et silhouette au-dessus de la ligne de vigilance du gibier) et de la sécurité (tir fichant vers le sol).

L'approche

La pirsch en forêt est une école d'humilité : progresser sans bruit sur un sol jonché de branches, vent de face, en s'arrêtant longuement pour écouter et observer. On y privilégie les heures de faible lumière et les conditions qui couvrent le bruit (sol humide, vent). C'est le terrain d'expression favori des adeptes de la chasse à l'arc, pour qui l'approche à courte distance est la règle du jeu.

Quel que soit le mode, la chasse forestière vise d'abord le grand gibier : notre guide de la chasse au grand gibier complète utilement cette lecture.

S'équiper et s'orienter en milieu fermé

L'équipement forestier privilégie la fonctionnalité : vêtements silencieux et adaptés à la météo, gilet ou casquette fluorescents (obligatoires en battue et recommandés partout ailleurs), bonnes chaussures, couteau, jumelles compactes, et de quoi boire et manger.

L'orientation mérite une attention particulière : un grand massif se ressemble vite, et le brouillard ou la tombée du jour transforment un secteur familier en labyrinthe. Carte du massif, boussole ou GPS (le téléphone fait l'affaire, avec une batterie de secours), et repères pris à l'aller : des précautions simples qui évitent les fins de journée pénibles. Prévenez toujours quelqu'un de votre secteur et de votre horaire de retour lorsque vous chassez seul.

La sécurité en forêt : le point non négociable

La visibilité réduite fait de la forêt le milieu où la rigueur s'impose le plus :

  1. Identifier formellement avant d'épauler : un mouvement dans les fourrés n'est pas un animal, et un animal entrevu n'est pas identifié. On ne tire jamais dans un buisson.
  2. Connaître son environnement de tir : matérialiser ses angles de sécurité au poste, savoir où sont ses voisins, les chemins, les habitations proches.
  3. Privilégier les tirs fichants à courte distance : en milieu fermé, une balle qui file à l'horizontale est un danger sur une distance considérable.
  4. Signaler la chasse : panneaux sur les accès lors des battues, effets fluorescents pour tous.
  5. Partager la forêt : promeneurs, vététistes, cavaliers, ramasseurs de champignons fréquentent les mêmes massifs. Courtoisie et communication font plus pour l'image de la chasse que tous les discours.

Ces fondamentaux — et les autres — sont développés dans notre dossier sécurité à la chasse. Rappelons aussi que la réglementation s'est durcie sur certains comportements, comme la chasse en état d'ivresse manifeste, désormais spécifiquement sanctionnée (voir notre article sur le décret n° 2023-882).

Respecter la forêt et ses équilibres

Le chasseur forestier est l'hôte d'un milieu vivant. Cela implique de rester sur les chemins autorisés avec les véhicules, de ne laisser aucun déchet, de respecter les régénérations et les propriétés, et de se conformer aux règles propres au massif (forêt domaniale, communale ou privée : les conditions d'accès et de chasse diffèrent — renseignez-vous auprès du détenteur du droit de chasse). La chasse participe d'ailleurs directement à l'équilibre forêt-gibier : une pression d'ongulés maîtrisée conditionne la régénération des peuplements, un enjeu au cœur de notre article chasse et conservation. Enfin, dates, jours et conditions de chasse en forêt relèvent de l'arrêté de votre département : consultez-le avec votre FDC, comme expliqué dans les saisons de chasse.

En résumé

La chasse en forêt récompense trois qualités : la lecture du milieu (coulées, indices, nourriture), le choix d'un mode de chasse adapté au terrain (battue, affût, approche) et une discipline de sécurité sans faille dans un milieu où l'on voit peu. Préparez votre massif toute l'année, équipez-vous simplement, orientez-vous sérieusement — et la forêt, avare de ses spectacles, finira par vous offrir les plus beaux.